On parle d'intelligence collective quand un groupe produit un résultat meilleur que la somme de ce que ses membres auraient produit séparément. La définition est simple ; l'obtenir ne l'est pas.
Une définition exigeante
Le critère est comparatif : mieux que la somme. Une réunion où chacun expose son point de vue et où l'on retient le meilleur n'est pas de l'intelligence collective : c'est une sélection. L'intelligence collective commence quand le groupe produit quelque chose qu'aucun de ses membres n'apportait en entrant.
Pourquoi c'est rare
Parce qu'un collectif livré à lui-même reproduit ses asymétries. Celui qui a le plus de statut parle le premier et le plus longtemps. Les autres ajustent leur position, souvent sans en avoir conscience. Le groupe converge vers l'avis dominant, et repart convaincu d'avoir délibéré.
Ce phénomène ne relève pas de la mauvaise volonté : c'est le comportement par défaut. Il faut une intervention pour l'empêcher, et c'est le rôle du facilitateur.
Trois confusions fréquentes
Ce n'est pas le consensus à tout prix. Chercher l'unanimité produit le plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire la proposition que personne ne combat parce qu'elle ne dérange rien.
Ce n'est pas la démocratie permanente. Tout n'a pas vocation à être décidé collectivement. Prétendre le contraire épuise les équipes et discrédite les rares sujets qui le méritaient.
Ce n'est pas une addition d'avis. Sans confrontation organisée, on obtient une moyenne. Une moyenne n'est pas une intelligence.
Les repères de terrain
Un facilitateur pour environ vingt participants. Des sous-groupes de sept personnes, plus ou moins deux : en dessous la discussion s'appauvrit, au-dessus certains décrochent. Et 70 à 80 % du résultat se joue avant la séance.
